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Déc 25

La COP21, cette Coupe à moitié pleine…

COP21Sitôt annoncé, l’Accord de Paris sur le climat semble avoir divisé l’opinion publique en trois catégories : Ceux qui sont pour, ceux qui sont contre et, comme disait l’autre, ‘’ceux qui se sont donnés la peine de lire’’ le texte de l’accord pour se forger une opinion.

Ceux qui sont en accord semblent l’être parce qu’ils sont fatigués des COP ‘’coquilles-vides » » ou des COP ‘’à moitié vides’’. Et du coup, comme le ferait un naufragé, ils s’accrocheraient à cet accord (somme toute historique; du fait qu’il a pu faire consensus entre les 195 pays, parties de la Convention Cadre des Nations-Unies sur les changements climatiques) pour empêcher la Planète de sombrer dans une catastrophe climatique annoncée.

Et ce qui conforterait, le plus, l’optimisme de cette frange de l’opinion publique serait le fait que l’accord est annoncé à cors et à cris comme étant «juste, durable, dynamique, équilibré et juridiquement contraignant»

Or c’est justement le fait que cet accord soit arraché par consensus qui fait monter les opposants aux barricades dès le 12 décembre ! ‘’On n’obtient pas de consensus sans faire de concessions’’ disent-ils.
Et ces opposants de s’enfermer dans la coquille de leur scepticisme; convaincus que « la lutte contre les impacts des changements climatiques est une chose trop grave pour la confier aux seuls politiciens »

Et puis, il y a ceux qui ont lu l’accord…

Pour ceux qui ont fait un survol rapide du texte, ils le trouvent semblable à un marché aux puces (genre Derb Ghallef à Casablanca) où tout le monde y trouve ce qu’il cherche, sans toutefois de garantie sur la marchandise, mais avec certaines (mauvaises) surprises après vente :

  • Les scientifiques y trouvent leur vœux de voir la hausse des températures limitée à 1.5°C, par rapport à l’ère préindustrielle, et ce, à l’aube de 2100… Toutefois sans actions chiffrées concrètes et, en plus, avec des engagements actuels qui, s’ils ne sont pas tout de suite révisés, feront que les augmentations des températures atteindraient les 3°C . Ajouter à cela que l’accord passe presque sous silence la question des émissions des gaz à effet de serre (GES), prêchant seulement pour ‘’un équilibre entre les émissions d’origine anthropique et leur absorption par des puits de carbone’’. Et du coup, certains pays ayant inclus le développement de l’énergie solaire et (ou) éolienne dans le cadre de la réduction de leurs émissions de GES , risqueraient de déchanter car ces installations ne sont pas considérés comme des puits de carbone à l’instar des forêts et des océans;
  • Certains optimistes voient dans le volet ‘’justice climatique’’ de cet accord, une reconnaissance inédite du ‘’statut de refugié climatique’’ à l’instar du statut de réfugié politique. Attendons la COP22 à Marrakech (Maroc), l’année prochaine pour ‘’sabrer le thé’’;
  • Les pays pauvres voient leurs revendications financières prises en compte… Sans ‘’chèques certifiés’’ toutefois sur la table; de la part des pays qui se partagent la responsabilité historique du réchauffement global de la planète;
  • Les grands pollueurs y trouvent une sortie de secours, au cas où l’accord devient ‘’’trop contraignant à leur goût’’. Un droit de retrait « à tout moment », par « notification » à partir de trois ans après l’entrée en vigueur du texte figure en effet dans l’accord.

Le Parti conservateur (du Canada) semble donner le ton en ce sens, dans une déclaration dont voici un extrait :  « (…) Nous nous inquiétons du fait que sans préavis ni consultations avec les Canadiens, le premier ministre a décidé d’accorder 2,65 milliards de dollars appartenant aux contribuables au Fonds vert pour le climat des Nations Unies, de l’argent qui servira à financer des projets sur les changements climatiques, non pas au Canada, mais dans des pays étrangers. » fin de citation.
Et c’est cette mention de ‘’pays étranger’’, mettant de l’avant un Nationalisme qui serait malvenu, voire anachronique, devant l’imminence d’un danger planétaire qui fait dresser les cheveux… même sur la tête d’un chauve !

Au fait, et en passant, un puits de carbone (forêt ou océan) demande-t-il la nationalité du CO2 avant de l’absorber? Il serait temps d’admettre une fois pour toute que la pollution (et encore moins les GES) ne respecte pas les frontières politiques dans son déplacement et que la hausse des températures conséquente agit de même. À moins qu’on veuille (considérations économiques et stratégiques obligent) attendre que la banquise fonde (ouvrant ainsi une voie commerciale plus économique entre l’Europe et l’Asie à travers le pôle Nord) avant de passer à l’Action !

N’en déplaise ! Mettre les considérations économiques au dessus de l’Avenir des générations futures, serait comme courir, dans une maison en flammes, sauver le coffre-fort dans le salon et laisser le bébé s’étouffer dans son berceau, au premier étage !

Une lueur d’espoir

Cependant, et malgré certaines zones d’ombre, l’accord de Paris a au moins le mérite d’avoir arraché aux parties (source : World Ressources Institute) :

  • La révision quinquennale de leur contribution concernant la réduction des GES;
  • Le renforcement de la capacité adaptative des pays les plus vulnérables face aux changements climatiques;
  • Un objectif ’’Zéro émissions’’ de GES, quoiqu’à long terme;
  • La transparence quant au respect des engagements des parties concernant la réduction des émissions des GES;
  • Financement des efforts des pays en développement.

Outre ces acquis, la COP21 a vu naître des milliers d’initiatives dont :

  • La restauration de plus de 127 millions d’hectares de forêts en Afrique et en Amérique du Sud ;
  • La réduction de moitié des émissions de GES de plus de 400 villes;
  • La mobilisation d’un milliard de dollars d’investissement dans le solaire;
  • Le doublement des R&D en énergies propres dans 20 pays.

Comme quoi, la Coupe serait plutôt à moitié pleine. Et il ne tient qu’à tout un chacun pour la remplir, et ce, en pensant ‘’citoyen de la Planète Terre’’, et… En forçant nos politiciens réticents à garder les pieds bien ancrés sur cette même Planète .

Par A. El Fouladi, Ph.D., Climatologue.