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Mar 14

Éléments d’un scénario de la migration climatique au Maroc

Auteurs : SLIMANI M.1, TAKI M.2, El GHACHI M. 1, REDDAD H. 1 MERZOUKI M. 3

1 Laboratoire « Dynamique des Paysages, Risques et patrimoine« , Département de Géographie, 2Sociolinguiste, Département de langue et littérature arabes, 3 Statisticien, Ecole Supérieure de Technologie,  Université Sultan Moulay Slimane, Béni Mellal (Maroc).

Résumé : Les impacts des changements climatiques sur l’environnement et les sociétés représentent un enjeu majeur pour le siècle à venir. Les recherches climatologiques et environnementales montrent que de tous temps, mais avec des intensités et des modalités variables, les changements climatiques ont affecté les sols, les hydro-systèmes, les populations et les écosystèmes naturels en particulier leur biodiversité et leur répartition biogéographique. Par son ampleur et sa rapidité, le réchauffement climatique en cours a eu des conséquences plus ou moins importantes sur des systèmes naturels largement dégradés et sur les systèmes anthropiques (agro-systèmes, milieu rural et urbain…). De nos jours, nul ne peut nier les impacts envisageables, dans un futur proche, des catastrophes naturelles, la dégradation des ressources végétales naturelles, agricoles ou hydriques, sur la santé voir la stabilité des pays. Ces impacts causeront sans doute des flux migratoires assez importants. La prise de conscience du monde de cette situation critique s’est traduite par l’engagement de 195 pays dans la COP’21 à limiter la hausse des températures à moins de 2°C avec un objectif de maintenir l’accroissement des températures en dessous de 1.5°C. L’une des conséquences du non respect de ce seuil est de prévenir une mobilité humaine croissante due aux changements climatiques à l’échelle locale, régionale, voir continentale.

La présente communication vise à présenter un état des lieux et quelques éléments d’un scénario catastrophique de ces changements climatiques et leurs impacts sur la mobilité humaine dans le monde, et particulièrement dans le Maroc.

Le but de notre communication est triple. D’abord, il consiste en une présentation des périodes de sécheresse sévères et de crues qu’à connu le Maroc dans le passé récent et ce sur les quatre bassins hydrauliques du Pays (Oum Rabiaa, Sebou, Moulouya et Souss Massa). Le Maroc de par ses caractéristiques atmosphériques, géographiques et la particularité de ces écosystèmes, n’a guère été épargné par le réchauffement climatique et les phénomènes extrêmes qui en résultent. En effet, il est devenu un des pays, où la vulnérabilité des populations et en particulier des populations rurales aux phénomènes hydrologiques extrêmes est élevée (Douglas et al, 2008; Di Baldassarre et al., 2010). Nous allons traiter les inondations et les crues au Maroc qui se sont principalement générées par les pluies torrentielles (Driouech et al, 2009, Bouaicha et Ben Abdelfadel, 2010) et qui ont causé des pertes humaines, des pertes de terrains le long des cours d’eau, et des dommages économiques au cours des deux dernières décennies ; en 1995 (vallée de l’Ourika), 2002 (Mohammadia, El Jadida, Taza, Tétouan, Settat, Berrechid), 2009 (Rabat, Tanger, Nador, Casablanca, Khénifra , Tétouan, Agadir, Essaouira) ou 2014 (Guelmim, Agadir-Ouarzazate et Marrakech). Ces catastrophes naturelles ont montré à quel point les grandes villes marocaines limitrophes des zones rurales sont vulnérables aux précipitations et aux inondations extrêmes qui ont largement augmenté au cours des deux dernières décennies (Bouaicha et Benabdelfadel, 2010). On s’intéressera, aussi, à l’occurrence d’épisodes secs plus ou moins longs et qui est devenue une caractéristique dominante du régime des ressources en eau du pays, comme ce fut le cas durant les années 1944-1945, 1982-1983,1994-1995, 1998-2000 et 2006-2007 et les successions d’années sèches 1980-1985, 1991- 1995 et 1998-2001 (Bouaicha et al., 2010).

Notre deuxième but est d’établir des cartes hydriques représentant les divers bassins hydrauliques afin de dégager l’évolution de ces bassins en relation avec la stabilité et le mouvement des populations marocaines. Ces cartes nous permettrons, d’une part, d’établir des cartes prévisionnelles par projection sur les années à venir. D’autre part, elles nous permettrons d’élaborer le scénario catastrophique pour Maroc et les pays similaires si le seuil de 1.5°C n’est pas respecté.

le troisième but de notre étude vise à dégager de ces prévisions catastrophiques les recommandations qu’il faut soumettre à la COP 22 pour accompagner les décideurs internationaux et nationaux dans l’élaboration des politiques publiques adéquates à la question climatique, en général, et les politiques relatives à la question de la migration causé par les aléas climatiques et aux refugiés climatiques en particulier.

Mots clés : COP’21, Maroc, Changements Climatiques, Ressources en Eau, Mobilité Humaine, Stabilité du pays, refugiés climatiques.

Références bibliographiques (Liste non exhaustive) :

  1. Bouaicha R, Benabdelfadel A. (2010), Variabilité et gestion des eaux de surface au Maroc. Sécheresse, 21(1): 1-5.
  2. Dai A., Trenberth K. E., Qian T., (2004), A Global Dataset of Palmer Drought Severity Index for 1870–2002: Relationship with Soil Moisture and Effects of Surface Warming. American Meteorological Society, 5, 1117-1130.
  3. Di Baldassarre, G., Montanari, A., Lins, H., Koutsoyiannis, D., Brandimarte, L. (2010), Flood fatalities in Africa: From diagnosis to mitigation.Geophysical Research Letters, ISSN 0094-8276, Vol. 37, no 22, L22402- p.
  4. Douglas, I., Kurshid A., Maghend, M.A., Mcdonnell, Y., McLean, L. and Campbell, J. (2008), « Unjust waters: climate change, flooding and the urban poor in Africa, » Environment and Urbanization, Vol. 20, No 1.
  5. Driouech F., Déqué M., Mokssit A., (2009), Numerical simulation of the probability distribution function of precipitation over Morocco, Clim. Dyn., 32, 1055-1063. DOI 10.1007/s00382-008-04310-6.
  6. Driouech F., Déqué M., Sánchez-Gómez E., (2010), Weather regimes-Moroccan precipitation link in a regional climate change simulation. Glob Planet Change. DOI:10.1016/j.gloplacha.2010.03.004.